Histoire de chasse #4
- 20 avr.
- 5 min de lecture
Patrick, Cap Ferret 2026

Direction le Cap Ferret pour cette histoire de chasse burlesque aux couleurs du Sud-Ouest.
C’est l’un de nos partenaires, spécialiste de la location de villas en Europe, qui nous met en relation avec Patrick.
Patrick est Belge. Mais pas que. Patrick est à la tête d’un petit empire du plat pays, leader dans son domaine, avec pas moins de centaines de magasins à son actif. Patrick est parti de rien, et pour lui, un sou est un sou.
Lors de notre premier échange avec lui, toute sa Belgitude nous emporte, et l’affection pour son projet comme pour l’homme qu’il est nous pousse à prendre à bras-le-corps ce challenge.
Il résumera tout en une seule phrase : « Depuis deux ans, l’été, je loue la villa Margot au Ferret et je l’aime d’amour. »
Nous voici donc en chasse d’une deuxième Margot.
Oui mais… La reine Margot est unique. Nichée derrière sa façade en bois, la villa dévoile un refuge à la fois discret et profondément ancré dans l’esprit du Cap Ferret. À l’intérieur, les volumes s’ouvrent, les plafonds s’élèvent, et la lumière traverse les grandes baies comme une invitation permanente à ralentir.
Là-bas, en juillet, Patrick vivait ses vacances avec des amis qui allaient et repartaient sans contrainte : un café au calme dans le jardin, quelques longueurs sous les pins, une partie de pétanque qui s’éternise… des soirées joyeusement arrosées autour du barbecue, pendant que les enfants disparaissent doucement dans la pénombre feutrée de la salle de cinéma.
Nous visitons beaucoup de prétendantes prêtes à détrôner la reine tant convoitée. Nous glissons quelques photos des meilleures à Patrick, qui nous répond à coups de « bof » par message.
Le temps s’étire un peu trop lentement, sans qu’un éclair de génie apparaisse à l’horizon.
Puis, un beau jour, nous tentons une approche différente.
Coups de fil, négociations musclées et tentatives de séduction inopinées : une invitation à danser dans un grand bal nous tend les bras.
Sans l'historique locatif de notre partenaire, le propriétaire n'aurait jamais décroché son téléphone.
Nous embarquons Patrick sur place pour une surprise qu’il accueille avec incertitude.
Nous nous retrouvons donc sous une pluie fine hivernale, au Saint-Tropez de l’Atlantique.
Patrick arrive, cheveux blond vénitien en bataille, sacoche banane des années 90, vélo à la main et manifestement ravi de son déjeuner généreusement arrosé. Sourire en coin, il nous lance : « Pourquoi donc ce rendez-vous ici ? Devant chez la reine Margot ! »
Nous entrons chez elle.
Il renifle l’air ambiant comme s’il retrouvait son amoureuse des vacances. Odeur de pin séché, de sable collé et de crème solaire vanillée.
Nous l’invitons à prendre possession des lieux différemment :
— « Patrick, nous avons contacté le propriétaire de la villa Margot. Grâce à notre partenaire, nous avons pu entamer un échange assez ardu. Toutefois, nous avons dû trouver les bons mots car… il accepte de vous vendre la villa, en toute discrétion. »
— « Non ! Les bras m’en tombent. Grand Dieu, ce n’est pas possible ! »
Les mains sur la bouche, les yeux qui brillent, il accuse le coup. Il regarde autour de lui et s’assied sur le bout du canapé en daim.
Quelques longues secondes passent avant qu’il ne ferme les yeux et se relève.
Puis il se met à refaire le tour de la villa qu’il connaît déjà si bien.
Il pointe du doigt le bardage de la pergola :« Il faudrait repeindre ici. »
Il soulève une persienne de la chambre :« Je ne suis pas sûr que celle-ci soit bien solide. »« La salle de cinéma apparaît-elle sur le cadastre ? »« La cuisine manque de fonctionnalité. »
Margot se voit soudain se dévêtir de toute sa superbe aux yeux de Patrick.
Il lance alors en bout de course : « Je suis d’accord, mais pour 500 000 euros de moins. »
Le cœur bien accroché, le faciès parfaitement taillé pour ce genre de situation, nous tentons calmement de le raisonner. Nous l’informons de la forme olympique qu’il nous a fallu pour que le propriétaire nous accorde ne serait-ce qu’une conversation, puis une négociation, puis des arguments à bâtons rompus, main dans la main avec notre partenaire, pour qu’il accepte de lui vendre.
Mais rien n’y fait. Patrick a conscience du chemin parcouru pour en arriver là dans la vie. Il sort une pièce en franc de sa banane poétique et nous lance : « Un sou est un sou. »
Clôturant ainsi le débat.
Nous ressortons un peu secoués et jouons à chifoumi dans la voiture pour savoir lequel d’entre nous appellera le propriétaire. L’heureux gagnant se prendra une rafale : un rire sonore et un raccrochage au nez digne de ce nom par le père de la reine.
Nous nous regardons, pantois, et décidons qu’une bonne nuit de sommeil serait une riche idée. Les cerveaux infusant à rythme lent, chacun encaisse les coups du silence pendant trois jours.
Puis le propriétaire nous rappelle.
Il n’est toujours pas d’accord pour une telle négociation, mais maintenant que l’idée de vendre s’est infiltrée, il est ok pour un mi-chemin.
Nous lançons l’idée à Patrick, qui nous fait tellement rire à chaque échange téléphonique que nous finissons toujours par oublier l’objectif de l’appel.
« Couper une poire en deux n’est jamais une bonne idée », nous souligne-t-il.
« Est-ce que si j’accepte, je peux garder tous les meubles ? »
Le propriétaire est d’accord, sauf les lits superposés de la chambre des enfants.
Mais Patrick veut les lits superposés et l’œuvre d’art du salon. Le propriétaire est sur les dents. Non, l’œuvre vient de New York, il lui a couru après trop longtemps.
Patrick, soyez raisonnable…
L’un d’entre nous, un peu doué en dessin, propose une réplique dans un après-midi de désespoir, au-dessus de sa tasse de matcha. Finalement, c’est la femme de Patrick qui le convaincra sur l’oreiller qu’il serait bien mieux de placer une œuvre bien à eux, symbole de leur propre famille.
Le deal est lancé, le contrat se rédige, tout le monde souffle un coup et se donne rendez-vous chez le notaire dans deux mois, à quelques rues de la villa.
C’est sous un soleil timide d’avril au Ferret que nous nous saluons devant l’étude notariale avec le propriétaire et le notaire.
Nous papotons joyeusement en attendant Patrick qui… n’arrive pas.
Nous tentons de le joindre, mais la sonnerie résonne dans le vide.
15 minutes, 20 minutes, 30 minutes…
L’inquiétude monte. Patrick a changé d’avis ? Patrick a eu un problème ?
Pendant ce temps, le notaire nous raconte l’histoire du Cap Ferret qui doit disparaître sous les eaux depuis 100 ans.
Quand soudain, au loin, nous apercevons une roue de vélo à l’envers qui tourne seule dans le vide. Puis des éclats de rire, des pins dans les cheveux. Patrick et sa femme sortent des fourrés avec joie et difficulté, après ce qui semble être un accrochage mutuel de cyclistes sortant de table, une fois encore bien arrosée.
Lorsqu’ils arrivent enfin à notre niveau, nos yeux trahissent le fou rire imminent. Nous suggérons un petit verre d’eau avant d’entamer la valse des signatures.
Lors du déroulement de l’acte, le propriétaire glisse à l’un d’entre nous discrètement : « Je les aime bien, je crois, Patrick et sa femme. »
Oh oui. Nous aussi, nous les aimons beaucoup.
D’autant que depuis, Patrick nous passe de temps en temps un coup de fil, juste pour savoir comment on va.
Et ça, nous, on adore.
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