Histoire de chasse #2
- Clémence Menand
- 14 janv.
- 4 min de lecture
Julien, Paris 2026

Une visite parisienne… très obscure
Il y a des journées où l’immobilier ne se contente pas d’être exigeant. Il décide de jouer avec toi, de tester ton sang-froid, ton sens de l’improvisation et accessoirement… ta vision nocturne.
Notre client du jour s’appelle Julien.
PDG d’une grande structure française, habitué aux allers-retours éclairs à Paris, aux conseils d’administration interminables et aux appartements parisiens déjà très bien cochés sur la carte du Monopoly.
Cette fois, sa mission est claire :
un grand pied-à-terre prestigieux, confortable pour ses déplacements,
suffisamment élégant pour de la location haut de gamme (vraiment haut de gamme),
et surtout… pour arrêter de dormir régulièrement chez son fils étudiant.
Le brief est précis. L'exigence est élevée. Le genre de bien où même les poignées de porte ont une intention artistique.
Après une chasse serrée, avec en bonus une gymnastique juridique permettant la location courte durée toute l’année à Paris, nous sélectionnons trois biens.
Dont un… que nous n’oublierons jamais.
Le showroom dans le noir complet
Rendez-vous Avenue Montaigne. Oui. On commence directement par le niveau “boss final”.
Premier bien : d’anciens showrooms d’une grande maison de haute couture italienne. Un lieu spectaculaire, rare, hors normes. Un bijou… à réinventer totalement.
Julien arrive tout droit d’un déplacement, valise cabine à la main. Valise dont les roues, visiblement, ont décidé de prendre une retraite anticipée. Petit moment de flottement, puis solution express : coin sécurisé, mission “dépose de valise” réussie. Le client est libre. La visite peut commencer. Enfin… presque.
Sur place, nous découvrons que le précédent locataire — probablement encore sous l’effet de la Fashion Week — a coupé l’électricité. Sans prévenir. Zéro lumière. Zéro indulgence, nous montons malgré tout.
Escalier en marbre majestueux, foulé deux semaines plus tôt par Emily in Paris (saison 6) l’envie nous prend d’ajouter un accent british à la conversation.
Arrivés devant la porte, petit moment d’espoir. L'interrupteur. Click. Rien.
Nous voilà donc dans un showroom à plus de 10 millions d’euros, immense, rempli de potentiel…et plongé dans un noir absolu.
Petit détail important : Un showroom, c’est essentiellement des miroirs partout.
Les murs : éblouissement. Le sol : reflets partout. Plafond : retour de lumière dans les yeux
Résultat : un laser game version immobilier, avec obligation d’imaginer un aménagement… que personne ne voit.
Nous tentons un dernier move désespéré en ouvrant les fenêtres, mais réponse immédiate du destin : ravalement de façade.
Fenêtres condamnées. Toutes. Pas de lumière naturelle.
Pas de balcon filant.
Pas de vue sur l’Avenue Montaigne.
Pas de Tour Eiffel.
Juste nous et le noir.
Dernier espoir : trouver un interrupteur caché, une prise oubliée, un générateur clandestin. Après quarante-deux placards ouverts (oui, quarante-deux), nous capitulons.
La visite se fera à la lampe torche, en évitant soigneusement de flasher Julien toutes les trois secondes. Miraculeusement, Julien reste souriant car il sait que c’est atypique et que deux autres visites l’attendent.
Les appartements en location saisonnière
Dix minutes plus tard, toujours motivés et toujours accompagnés de la valise aux roues anarchistes nous arrivons au deuxième immeuble.
Deux appartements exploités en location saisonnière. Le propriétaire est là, bonne nouvelle. Puis il annonce, très calmement : « Je n’ai pas les codes d’accès. J’appelle la conciergerie. »
La conciergerie, elle, ignorait totalement que des visites étaient prévues évidemment. Cerise sur le gâteau : l’un des appartements est occupé par des touristes.
Après quelques appels, un peu de diplomatie et une persévérance digne d’un marathon, nous obtenons enfin les codes. Victoire, direction le dernier étage.
Appartement #1
Propre. Bien rangé. Agréable. Julien respire. Sauf que… « Tiens. Encore une lumière qui ne fonctionne pas. » Décidément.
Mais l’essentiel est là, le potentiel aussi. Julien se projette. Nous échangeons avec le propriétaire, proposons des améliorations pour pousser l’expérience vers le très haut de gamme. Nous sentons Julien conquis. Nos regards s’entendent.
Reste le dernier appartement, juste en face.
Appartement #2
Bonne nouvelle : les touristes acceptent la visite.
Mauvaise nouvelle : Ils sont partis il y a cinq minutes.
Le décor est donc naturel et authentique. Vêtements au sol, vanity explosé avec produits Chanel ouverts , cartouches de cigarettes sur la table, chaussures abandonnées comme après une fuite précipitée, odeur de “vie réelle” (trop réelle).
Une immersion complète dans l’intimité de parfaits inconnus. Après dix minutes, Julien tranche. Le coup de cœur pour l’appartement précédent est confirmé.
Bilan de cette journée de chasse…
Trois visites, trois ambiances. Un client partagé entre surprise, amusement et lucidité.
Julien a voulu se projeter sur l’appartement coup de cœur, mais avons jugé insuffisantes les conditions juridiques adossées au bien, aussi lui avons suggéré de ne pas se précipiter et projetons une nouvelle découverte boulevard Saint Germain. Le bien parfait n’existe pas, mais les conditions idéales oui. Pour Julien il s’agit de penser vision, usage, projection, stratégie locative. Prenons le temps !
Quant au premier bien, le showroom plongé dans l’obscurité totale nous l’avons finalement vendu… à d’autres. Comme quoi, même dans le noir complet, certains savent reconnaître un vrai potentiel.
Nous, ce jour-là, on a surtout appris que : une visite peut être mauvaise mais une chasse jamais… et le vrai luxe c’est finalement quand l’interrupteur fonctionne.
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